Thursday, February 4, 2010

Les problèmes de conscience de Jean Blomart

Jean Blomart, l’un des principaux personnages de Le Sang des Autres apparaît dans le livre comme une personne avec qui veut porter tout seul le poids de la souffrance des autres, même si il n’est nullement responsable de cette souffrance et ne peut rien faire contre.
Né dans une famille bourgeoise, Jean prend conscience de sa responsabilité sur la condition des autres très tôt dans sa vie. Alors qu’il n’était encore qu’un enfant, il se sentit coupable de la mort du bébé de sa voisine mort d’une méningite. Plus tard, il apprend l’imprimerie et décide d’abandonner sa famille et de vivre plus modestement, car il sentait coupable de sa condition de bourgeois, et disait ‘je ne veux pas rester toute ma vie dans une situation fausse’ (De Beauvoir, p 29), comme si c’était lui-même qui avait décidé son existence, décidé de vivre dans l’opulence alors que les autres survivent à peine. Il est d’autant plus frustré qu’il sait qu’il ne peut pas se départir de son passé de bourgeois, ce passé qui malheureusement pour lui est son identité. Il rejoint le parti communiste et le quitte parce que son ami Marcel se fait tué lors d’une manifestation et il se sentit coupable de cette mort.
Quand Hélène tombe enceinte, il se sent aussi responsable de la grossesse, bien qu’il n’en soit pas l’auteur. Parce qu’il se reproche cette grossesse dont il n’est pas responsable, il assiste Hélène a y mettre un terme et reste à ses côtés comme aurait du le faire le vrai auteur de la grossesse.
Blomart était d’abord contre la violence. Mais voyant que la non-violence ne résolvait rien, il mit sur pied une association qui entreprenait des actes de violence envers l’ennemi. Avec un de ses camarades, il fit exploser un bâtiment occupé par les Nazis, et comme riposte, les occupants allemands décidèrent de fusiller plusieurs personnes si les auteurs du crime ne se rendaient pas. Pour une fois, les actes de Blomart ont clairement un impact négatif sur la vie d’autrui. Cependant, il ne va ni se rendre, ni mettre un terme à ses actions, car il a compris que même si ses actions avaient des conséquences dévastatrices sur la vie des autres, même si ces actions peuvent faire couler le sang des autres, il doit réagir et pour faire changer les choses.
Tout au long du roman, on voit un Blomart très consciencieux de sa personne et des problème existentiels du monde, une personne qui croit que tout est de sa faute, qu’il peut et doit empêcher la souffrance des autres, et qui lutte pour trouver dans sa place dans ce monde car il ne veut pas accepter sa condition de bourgeois, mais ne peut pas vraiment se fondre dans la masse des prolétaires et comme son ami Marcel lui dit au début du livre ‘il y aura toujours un abîme entre un ouvrier et toi : tu choisis librement une condition qu’il subit’ (De Beauvoir, p 37).
Peu à peu, il accepte son impuissance à régler ou empêcher la souffrance des autres, sans pour autant cesser de se voir comme coupable de ce qui arrive à l’autre.
Ce qui m’emmène à me demander si Blomart pense qu’il peut créer l’essence des autres ? Car sinon, pourquoi se verrait-il comme coupable des actes et conditions des autres, actes qu’il ne peut nullement contrôler si on se réfère aux théories existentialistes qui veulent que l’individu soit auteur et responsable des ces propres actes, son propre essence.

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