Thursday, March 4, 2010

La representation du temps et de la ville dans Les Gommes d’Alain Robbe- Grillet

Le facteur temps joue un rôle capital dans cette œuvre car dès l’entame du roman l’auteur insiste sur ce fait pour montrer aux lecteurs que rien ne sera plus comme avant à cause d’un changement temporel, nouvel dans la vie des citadins. Cette rupture brutale n’est que l’ordonnance temporelle qui va rythmer le quotidien, les heures, les minutes et même chaque seconde dans cette ville. Ce bouleversement des choses donne une nouvelle empreinte au visage de la cité. L’auteur utilise plusieurs mots pour noter ce changement temporel : Les événements de cette journée, si minimes qu’ils puissent être, vont dans quelques instants commencer leur besogne entamer progressivement l’ordonnance idéale, introduire ca et la, sournoisement, une inversion, un décalage, une confusion, une courbure, pour accomplir peu à peu leur œuvre un jour, au début de l’hiver, sans plan, sans direction incompréhensible et monstrueux (11).
Le romancier se focalise sur l’espace temporel pour montrer le caractère véreux et rigoureux de la saison. L’hiver est la période pendant laquelle les conditions climatiques sont défavorables dans le matin misérable(14). Il y a un rapport entre le temps et la tentative d’assassinat de monsieur Dupond car tout a été bien prémédité, monsieur Garinati a reçu toutes les instructions pour exécuter son coup dans la maison de M. Dupont et il sait au préalable ce qu’il doit faire dès l’arrivée du professeur Dupont. Par ailleurs Garinati a choisi le soir ce qui n’est pas du tout gratuit comme cela il peut commettre son acte sans que les gens soient au parfum du crime. Cette une période pendant laquelle il y a le silence dans la ville donc un moment propice pour lui. On voit bel et bien que c’est un crime qui a été minutieusement planifié. Grillet nous fournit des informations détaillées sur l’heure exacte de l’arrivée de Garinati dans la rue des Arpenteurs : A sept heures moins cinq il est arrivé tranquillement par la rue des Arpenteurs(21). Cette précision temporelle est de taille car l’homme qui a tenté de tuer M. Dupont suit de très près les activités du professeur et par delà connait son emploi du temps. Pour mieux réussir son coup, il doit à chaque instant, chaque minute, chaque seconde vérifier sa montre et c’est la raison pour laquelle le temps prime car sinon il pourrait faillir à sa mission en d’autres termes ne pas exécuter à l’heure indiquée. L’écrivain utilise un registre qui a trait au temps avant l’heure...ce matin ….vers sa montre ; puis vers sa pendule(14) pour souligner la suite chronolologique des événements qui ont émaillé la vie des habitants pendant plus d’une semaine Il ya régulièrement, depuis neuf jours, un assassinat par jour et chaque fois entre sept heures et huit heures du soir(34) mais aussi pour montrer l’importance du temps dans la ville. Diverses raisons expliquent l’arrêt de la montre : premièrement, il y a une parfaite harmonie entre l’attentat et la montre car il se peut qu’elle soit endommagée au moment du crime. Deuxièmement, Garinati a du la régler pour attirer son attention. La troisième possibilité plausible est la suivante : la montre, Elle s’est arrêtée hier soir(40) parce quelqu’un a tenté d’assassiner une personnalité importante. Selon les informations relayées par les journaux :Décès d’un de nos concitoyens .Un cambrioleur audacieux s’est introduit hier à la nuit tombée dans la demeure de M. Daniel Dupont(65) donc la sécurité des biens et des personnes est menacée et marque une nouvelle tournure dans la vie de la nation et de la ville en particulier puisque les assassinats vont crescendo. Désormais rien ne sera comme avant, le passé et le présent sont respectivement synonymes de paix et de violence. Cette rupture traduit l’insécurité totale qui prévaut dans la ville contre ces hommes dont le rôle politique, quoique non officiel est sans doute très important(62)
Le temps est au cœur des activités des citadins c’est pourquoi partout dans la ville les gens jettent toujours un coup d’œil régulier sur la montre et la pendule. Nous avons l’impression que beaucoup de personnages dans le roman sont obsédés par le temps. Plus loin, cela se confirme par l’horloge de la préfecture(63).
D’une manière générale, Grillet met au centre des activités des citadins l’espace temporel pour insister sur la chronologie des événements qui rythment cet espace spatial.

Dans plusieurs pages du roman, Grillet met l’accent sur l’espace spatial pour donner le plan de la ville. Il fait une description détaillée sur la géographie les rues, les avenues et les différents services qui occupent une place importante dans les activités quotidiennes des citadins. Toutes ces informations précises sur la ville facilitent la recherche aux étrangers qui s’y débarquent par conséquent jouent un rôle primordial puisque tous ces repères nous donnent une idée de la carte de la ville dans son ensemble : L’avenue Christian-Charles…La rue des Arpenteurs…La rue Brabant…La rue Joseph-Janeck…La rue de Berlin…Le Canal Louis V…La rue Copenhague…La préfecture(63)…Le palais de justice…Rue de la Charte…Le Commissariat général…La poste…La route de Delf(64).Plus loin, il y a la Clinique Juard, onze rue de Corinthe…Café des alliés (75) C’est une ville qui regorge de beaucoup de services qui sont indispensables. Parallèlement, la description détaillée de la ville insiste sur l’architecture de cet espace géographique qui sur le plan esthétique revêt un aspect ancien et structurel. Alain R.Grillet note que outre que l’invraisemblance du prétexte à cette époque de l’année dans une cité complètement dépourvue d’attributs pour un amateur d’art(60).Selon l’écrivain, contrairement à beaucoup d’espaces de cette cité, la seule partie qui revêt un caractère moderne est la place de la préfecture. Par le biais de l’adverbe heureusement(62),on comprend qu’il y a nettement une très grande différence entre cet édifice et les autres parties de la ville. Dans cette perspective, il dit La place de la préfecture est une grande place carrée, bordée sur trois cotes de maisons à arcades ; le quatrième coté est occupé par la préfecture, vaste bâtisse en pierre d’un style a volutes et coquilles Saint-Jacques heureusement peu chargé, d’une laideur en somme assez sobre(62) Cette focalisation sur les objets, les bâtiments traduit la vision de l’écrivain qui comme s’il nous fait une visualisation de l’espace urbain. En lisant le roman, on a l’impression qu’on suit un film divisé en plusieurs séquences et dont il est difficile de comprendre le dénouement car à chaque ruelle, bâtiment, service et même place de cette localité, le lecteur est plongé dans un monde véreux. Une étude pointue sur les personnages du roman permet de savoir que la ville présente un espace mystérieux dans lequel presque tout est brouillé. Tous les personnages qui se sont prononcés par rapport à cette affaire ignorent vraiment la vérité. Il y a une adéquation entre l’opacité qui entoure l’assassinat de Monsieur Dupont et l’architecture ancienne de cette ville. Malgré tous ces repères, il résulte de ce caractère véreux de la ville un point essentiel pour situer la vérité. Pourquoi Wallas a-t-il acheté une gomme ? Y a-t-il un lien entre la gomme et la ville ou entre la gomme et le crime ? Notre réponse est positive car elle (la gomme) permet d’effacer, de revoir, de ne pas emprunter les avenues et les rues sinueuses sinon on risque de se perdre. On voit bien que Wallas, une fois dans la ville, s’est perdu malgré tous les repères ce qui justifie qu’il lui sera difficile de trouver l’assassin. Mais grâce à la gomme, il a pu maitriser la géographie de la ville.

D’une manière générale, Alain R. Grillet est considéré comme le chef de file du Nouveau Roman qui par sa virtuosité éblouissante place au cœur de son roman le temps, les objets et les repères géographiques.

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